L’actualité médicale et pharmaceutique de cette rentrée 2026 se concentre sur trois fronts réglementaires et sanitaires qui modifient directement la pratique quotidienne des professionnels de santé : le retrait ciblé de produits amaigrissants frauduleux, l’élargissement du périmètre de vigilance de l’ANSM aux dispositifs médicaux, et la gestion des pénuries de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur. Nous décryptons ces évolutions sous l’angle opérationnel.
Matériovigilance élargie : ce que change le traitement des alertes DM par l’ANSM
Depuis janvier 2025, l’ANSM intègre dans son périmètre le traitement des alertes sur les dispositifs médicaux. Cette extension, qui a généré 326 alertes traitées sur l’année 2025, redéfinit la chaîne de signalement pour les établissements hospitaliers et les officines qui dispensent certains DM.
Concrètement, la matériovigilance ne repose plus uniquement sur les fabricants et les correspondants locaux. L’agence centralise désormais les remontées, ce qui accélère les procédures de rappel et les mesures correctives sur les équipements de réanimation, les dispositifs implantables et le matériel de diagnostic in vitro.
Pour les pharmaciens hospitaliers, cela implique une veille supplémentaire sur les publications de l’ANSM. Les décisions de police sanitaire concernant les DM suivent le même formalisme que celles relatives aux médicaments. Les professionnels qui suivent l’actualité pharmaceutique via Doctinews ou les bulletins officiels de l’agence doivent intégrer ce flux dans leur routine documentaire.
Nous recommandons aux responsables de matériovigilance de paramétrer des alertes spécifiques sur le portail de l’ANSM, en filtrant par catégorie de dispositif. La volumétrie actuelle (plus de 300 alertes par an) rend le tri manuel impraticable sans outil de veille dédié.

Produits amaigrissants frauduleux : interdictions et rappels en série
L’ANSM a prononcé plusieurs décisions de police sanitaire visant des produits présentés comme des traitements de l’obésité ou du diabète, commercialisés en ligne sans autorisation de mise sur le marché. Ces décisions interdisent la mise sur le marché, la distribution, l’importation, l’exportation et la publicité de ces produits, et imposent leur rappel sur l’ensemble du territoire.
Ce n’est pas un phénomène marginal. Le canal en ligne reste le vecteur principal de diffusion de ces spécialités non autorisées, souvent présentées sous des dénominations proches de médicaments existants (analogues du GLP-1, dérivés de sémaglutide non homologués).
Impact sur le conseil officinal
Les pharmaciens d’officine sont en première ligne face aux patients qui se procurent ces produits. Le cadre de dispensation est limpide : aucun de ces produits ne peut être vendu en ligne, même par une pharmacie agréée pour la vente sur internet, dès lors qu’ils relèvent de la liste des médicaments exclus du e-commerce.
La conduite à tenir repose sur trois axes :
- Vérifier systématiquement l’origine des produits amaigrissants présentés par les patients, en consultant la base de données des décisions de l’ANSM
- Signaler toute détention de produit concerné par une décision d’interdiction via le portail de déclaration de l’agence
- Orienter les patients vers une prise en charge médicale structurée de l’obésité, en rappelant que les analogues du GLP-1 autorisés ne se dispensent que sur prescription
Pénuries de médicaments : bilan de la campagne hivernale 2025-2026
Les signalements de ruptures ou de risques de rupture de stock de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur restent à un niveau élevé, avec près de 3 887 signalements en 2025 (contre 3 825 en 2024). La tendance de fond ne s’inverse pas.
Fait notable : aucune tension majeure n’a été constatée durant l’hiver 2025-2026 sur les médicaments saisonniers (antibiotiques oraux, antipyrétiques pédiatriques, corticoïdes inhalés). Les stocks constitués par les laboratoires et les grossistes-répartiteurs ont suffi à absorber la demande.
Suivi hebdomadaire des disponibilités en ville et à l’hôpital
Le VIDAL publie chaque semaine un état des disponibilités qui couvre les spécialités en tension. Ces bulletins (semaines 32 à 37 pour la période récente) détaillent les molécules concernées, les alternatives thérapeutiques identifiées et les dates prévisionnelles de remise à disposition.
Pour les pharmaciens hospitaliers, un suivi spécifique des spécialités hospitalières complète ce dispositif. Les tensions actuelles portent sur des molécules ciblées, sans phénomène de pénurie généralisée comparable à celui observé lors des hivers précédents. Certaines spécialités hospitalières restent sous tension, avec des contingentements par établissement.

Pharmacovigilance VRS : erreurs de dispensation persistantes
L’ANSM a publié le bilan de pharmacovigilance de la campagne 2025-2026 de prévention des infections à virus respiratoire syncytial.
Chez la femme enceinte vaccinée par Abrysvo, les accouchements prématurés déclarés n’ont pas de lien établi avec la vaccination.
Le point de vigilance porte sur les erreurs médicamenteuses. La majorité des cas déclarés correspondent à des confusions entre spécialités (Beyfortus versus Abrysvo), sans effet indésirable associé dans la plupart des situations. Ces confusions surviennent principalement au moment de la dispensation ou de l’administration.
Nous observons que ce type d’erreur persiste malgré les alertes répétées. La coexistence de deux stratégies préventives (vaccination maternelle et immunisation passive du nourrisson) crée un risque structurel de confusion au comptoir et en maternité. La mise en place de protocoles de double vérification reste la mesure la plus efficace pour réduire ces incidents.
L’actualité médicale et pharmaceutique de cette fin d’année 2026 confirme une tendance de fond : le périmètre de responsabilité des pharmaciens s’élargit vers la matériovigilance et la lutte contre les produits frauduleux en ligne, tandis que la gestion des pénuries reste un exercice de veille permanent. Les outils de suivi hebdomadaire et les décisions publiées par l’ANSM constituent le socle documentaire minimal pour une pratique à jour.



